19 juillet 2021

La chasteté, c’est surfait

Mes parents sont catholiques et, quand j’étais enfant, il m’emmenaient à l’Église. Malgré la contrainte, je ne détestais pas la messe mais arrivé à l’âge de 13-14 ans, c’est devenu compliqué entre les hormones en crue et l’interdiction d’avoir des relations sexuelles, même tout seul. La religion, c’est quand même très strict. J’ai tenu bon pendant quelques années mais arrivé à 16 ans j’ai du prendre une décision radicale : ne plus porter que des djellabas ou des sarouels ou cesser d’être catholique. Comme j’avais l’esprit rebelle et que je n’avais pas peur du ridicule, j’ai bien été à l’église en djellaba et, vous vous en doutez, on m’a regardé de travers, comme si j’étais un mauvais Chrétien alors que les mauvais Chrétien sont plutôt ceux qui supportent encore les pantalons arrivés à 18 ans. Pour les filles, c’est moins douloureux, on en voit d’ailleurs plus à la messe, me semble-t-il. À moins qu’il s’agisse d’un cas de perception sélective ?

Bref, j’ai fini par cesser d’aller à la messe et j’ai totalement abandonné la religion. À qui la faute ? À Dieu qui nous a fait hommes et femmes alors qu’on aurait pu se couper en deux, comme des amibes, ça aurait été plus facile à vivre ? Ou au pape qui a dit que le sexe c’était mal et que les préservatifs étaient interdits ? Pas la faute à Jésus, en tout cas, je vais vous expliquer pourquoi tout à l’heure, mais comme j’ai toujours fait les choses à fond et que le pape c’est presque Dieu puisqu’il le représente de manière infaillible, il faut lui obéir sinon on est un mauvais catho. Bref, j’ai préféré ne plus être catho du tout plutôt qu’en être un mauvais, j’ai abandonné la religion et j’ai pu à nouveau porter des pantalons. Quel soulagement.

Oeuvre du sculpteur Hirotoshi Ito

Mais l’homme ne peut vivre sans Dieu — même avant de devenir Grand Maître en reiki ésotérique et en Yoga de l’Intelligence Suprême, j’étais déjà très profond — donc je me suis mis en quête d’une religion qui me conviendrait mieux et j’ai entamé des démarches pour devenir musulman — la faute à qui ? Ce qui est dégueulasse, c’est que n’importe qui peut bafouer sa religion de naissance mais quand on veut changer de camp, il faut prouver qu’on en vaut la peine et ça prend des plombes. En même temps, c’est pas plus mal que les Grands-Garçons qui racolent à la sortie des facs de droit et de médecine, vu qu’un juge magicien, toujours prêt à faire disparaître un dossier compromettant sans rechigner, ou un médecin légiste pouvant jurer en quelques heures qu’un meurtre prémédité est accidentel, et incinérez moi ça dare-dare avant que quelqu’un demande une autopsie, ça peut toujours servir. D’ailleurs, pour une fois, j’étais d’accord avec la position traditionnelle de l’Église qui a condamné la crémation pendant presque 2000 ans et je me demande pourquoi elle l’accepte depuis 1963, date du concile Vatican II. Ce concile aurait-il été infiltré par des humanistes s’intéressant à l’architecture des églises mais pas à Celui à la gloire duquel elles ont été construites ? Encore un secret super secret que personne ne découvrira jamais en dehors des Grands-Garçons les plus haut gradés.

Bref, j’étudiais le Coran depuis sept mois quand il m’est arrivé un miracle. Un miracle, je vous dis ! En effet, dans la même semaine j’ai rencontré un copain perdu de vue qui m’a fait des révélations incroyables puis j’ai été abordé par une catho super canon à laquelle Dieu avait accordé une grâce rarissime. Pour que vous voyiez bien que cela ne peut pas être dû au hasard, je vous explique tout ça dans l’ordre en mettant entre parenthèse les sept éléments du miracle — oui, sept en six jours, alléluia, le septième jour, Dieu avait bien mérité de se reposer.

Tout d’abord, lors d’un week-end à Paris, je tombe dans le métro (1) sur un copain de colonies de vacances — Ah ! Les jolies colonies de vacances — qui était devenu théologien (2)  et qui au lieu de me parler du bon vieux temps où l’on se faisait enfiler par le dirlo, qu’est-ce qu’on a pu se marrer, comme s’il n’avait rien de plus important à faire au détour d’un couloir (3) me cite 1 Timothée 2:12 :Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence puis m’explique (4) que Jésus n’a jamais utilisé les termes “lubricité”, “impudicité” et, le plus sale d’entre eux, rien que de le prononcer vous salit la bouche, “concupiscence”. Vous avez bien entendu, Jésus n’a jamais prononcé ces trois mots que les cathos fachos adorent, pas une seule fois. Partagé entre étonnement et joie, alors que j’allais partir emporté par la foule, ce bon vieux Rémi qui, comme moi, avait toujours la diarrhée, insiste (5) que Jésus n’a parlé de débauche qu’une seule fois — et encore, de manière très vague, dans le cadre de la parabole du retour de l’enfant prodigue (Luc, 15:13), c’est tout.

“Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; elle doit demeurer dans le silence“

Évidemment, apprendre coup sur coup que Jésus se contrefichait des frasques qui, dans la limite du raisonnable, sont permises aux musulmans et en plus que même un catholique peut rêver d’une femme soumise et qui la ferme, ça fait rêver. Du coup, une fois rentré dans ma ville natale, je suis retourné à la messe, comme ça, pour fêter la bonne nouvelle, en pantalon et tout sourire dehors vu que j’étais en train de devenir musulman et que j’étais très détendu et là (6), à la sortie de l’Église, je me fais aborder par un petit canon. Elle, c’était pas son pantalon qui était trop étroit, c’était plutôt son chemisier. La fille m’invite à boire un verre et me drague comme pas croyable, parce que, vous comprenez, si les problèmes vestimentaires ne se posent qu’aux hommes, les rages hormonales concernent aussi la gent féminine.

C’est pas qu’elle me plaisait pas mais une meuf qui allume et qui n’éteint pas, ça m’a jamais intéressé et comme elle se présentait comme catho et que j’avais  consommé pas mal de tendresse musulmane dans les jours précédents, j’étais très maître de moi. Je restais donc insensible à ses assauts verbaux et à ses minauderies quand, tout d’un coup, elle me donne le coup de grâce (et de 7 !) et me susurre à l’oreille : “Je suis stérile”. J’ai du faire une drôle de tête, comme si je pensais quelque chose du genre “Comment tu le sais, fausse catho dévergondée et même pas soumise” — souvenez-vous, j’avais lu Paul, ce grand saint, quelques jours plus tôt — si bien qu’elle a précisé : j’ai eu un cancer des ovaires et on m’a tout enlevé. J’avais beau être, je vous l’ai dit, très détendu et maître de moi, mon sang n’a fait qu’un tour ! C’était donc une bonne catholique, vierge, toute neuve et toute propre, et comme Dieu lui avait fait la grâce de la cancériser pour mieux les délivrer du péché, elle et son futur mari, ils allaient pouvoir faire des cochoncetés à volonté sans jamais s’inquiéter des grossesses non désirées et sans aller en enfer. Alléluia ! Merci mon Dieu ! Et merci Paulo d’avoir eu le courage de délivrer ton propre enseignement, ce qu’aucun de ces pleutres d’évangélistes n’a jamais fait…

Évidemment, je suis redevenu catholique sur le champ, d’autant plus que je me voyais déjà regarder le foot en sifflant des bières pendant que ma future épouse me masserait les pieds et, comme elle n’en pouvait plus d’attendre, on a foncé à Las Vegas par le premier avion, on s’est marié avec pour témoins deux SDF,  il y en a plein qui traînent autour des chapelles dans l’espoir de gagner quelques dollars avec des couples pressés de convoler, et depuis on s’envoie en l’air sans modération… et quand je dis en l’air, je veux dire au septième ciel alors que, de son propre aveu, Paul n’est monté que jusqu’au troisième ciel, comme quoi la chasteté, c’est quand même très surfait.