10 juillet 2021

Je suis humble !

Je discutais hier avec un prêtre et, bien qu’un trop grand nombre de personnes ne les prenne pas au sérieux sous prétexte qu’ils s’habillent comme Don Camillo, il faut savoir que, dans leur grand majorité – c’est à dire, si l’on excepte les rares pédophiles – les prêtres sont des gens très spirituels. Ça tombe sous le sens quand on y pense : ces hommes ont consacré leur vie à Jésus et le fait qu’ils ne l’aient jamais vu autrement qu’en statue ou en peinture ne change pas le fait qu’ils sont seuls autorisés à en parler. Ils sont donc très profonds malgré leur accoutrement – et je dirais même que leur habit, qui ne fait pas le moine et fait pourtant le prêtre, allez comprendre, le prouve : ne faut-il pas être extrêmement détaché de l’opinion d’autrui, donc hyper avancé sur le plan spirituel, pour oser se balader dans la rue déguisé en Don Camillo ? Moi, à part pour le Carnaval, je n’oserais pas. C’est normal, je ne suis qu’une bouse sur le plan spirituel puisque, dans la hiérarchie cléricale, je ne suis même pas en bas de l’échelle, je suis carrément sous l’échelle, allongé sur le dos avec le barreau inférieur sur la gorge, ce qui explique que je n’ai le droit de parler ni de Jésus ni de l’océan illimité de Paix, d’Amour et de Joie infinis que certains appelle Dieu et dans lequel je me suis fondu lors d’une mort temporaire alors que ces messieurs qui se réclament silencieusement de Don Camillo n’ont pas la moindre idée de ce qu’est ce Dieu dont ils parlent tous les jours mais ne s’en estiment pas moins seuls autorisés à en témoigner – non, les imams ne comptent pas, ils n’ont pas le même Dieu, la preuve : ils ne mangent pas de porc alors que les Chrétiens s’en gavent.

J’en rajoute un peu au sujet de l’immense profondeur spirituelle des prêtres, c’est important : vous avez remarqué que j’ai écrit qu’ils “se réclament silencieusement de Don Camillo”. Et qui est assez humble pour garder le silence malgré son immense savoir ? Les personnes très spirituelles et très profondes ! Voilà, comme les francs-maçons, c’est bien au premier rang, vous avez bien appris votre leçon. Le beau vêtement clérical qui fait référence à l’un des hommes les plus importants du village, avec le maire et l’instituteur, rappelle ainsi en silence, avec une grande humilité donc, que les prêtres sont très intelligents et très cultivés.

Je discutais donc avec l’un de ces messieurs et je me suis souvenu de ce que m’avais dit une amie qui donnait à l’époque des soins énergétiques. Elle a arrêté… enfin, elle a arrêté d’appeler ça des soins énergétiques parce qu’en France, le terme “soin” dans la bouche d’une graine de gourou, ça veut dire guérisseur donc exercice illégal de la médecine donc prison potentielle, comme le docteur Hamer, aujourd’hui décédé, qui était docteur en médecine, pas en histoire de l’art, hein, et qu’on a jeté en prison pour exercice illégal de la médecine puis, comme son avocat a dû faire remarquer qu’il était médecin et ne pouvait donc en aucun cas exercer illégalement la médecine, on a changé le chef d’inculpation en “exercice d’une médecine illégale”, savoureuse différence, puis, comme ça ne tenait toujours pas debout, on l’a condamné pour complicité d’exercice illégal de la médecine sous prétexte qu’il donnait des formations à ses méthodes non conventionnelles. Donc mon amie, qui est prudente, donne des “sessions” et non plus des soins énergétiques bien que les vendeurs de cosmétiques, eux, ne soient pas inquiétés quand ils vendent un soin des pieds ou des cheveux. Comme quoi, les temps ont bien changé : on ne brûle plus pour sorcellerie les femmes qui cueillaient des plantes pieds nus au clair de lune pour fabriquer des onguents, on vend des pommades recommandées par des influenceuses qui ne les ont probablement pas toujours testées mais dont l’opinion a été elle-même influencée par l’appât du gain, évitant ainsi l’accusation de publicité mensongère puisque le fabricant ne prétend pas que sa crème a rendu plus fin, plus féminin, le pied de Berthe, et on menace de prison les personnes qui soignent sans plantes, occultant au passage que “soigner” ne signifie pas “guérir”. C’est donc de nos jours le législateur et non plus la vilaine sorcière qui pratique les sciences occultes.

En discutant avec le corbeau de bonheur évoqué plus haut, je me suis donc souvenu de l’époque ou j’allais demander des soins énergétiques à cette amie et que je lui avais dis un jour que je voulais nettoyer la vitre qui m’empêchait d’y voir clair sur le plan spirituel. Elle m’avait répondu “Y’a pas de vitre” et, comme je suis d’un naturel têtu, j’avais rétorqué “Bien sûr, qu’il n’y en a pas. N’empêche, il faut la nettoyer quand même”. Or le prêtre, je le rappelle, est un homme très intelligent, très profond et très spirituel – ainsi que, bien sûr, seul autorisé à parler de Dieu, du vrai Dieu, s’entend, pas de celui qui prétend qu’il ne faut pas manger de porc et si Lévitique 11:7 vous plonge dans des abîmes d’incompréhension, faîtes comme moi, ne lisez pas la Bible, c’est bien trop compliqué, demandez à votre curé de l’interpréter pour vous comme ça vous ne risquez pas de vous tromper. Ceci dit, bien que nous n’ayons pas élevé les cochons ensemble, je me permets de vous donner un petit conseil : évitez de manger du crabe ou du homard, c’est une abomination, comme l’homosexualité, c’est dire si c’est grave, et il serait dommage que vous alliez en enfer pour une nourriture dont, pour ma part, je me passe très bien. Après tout, une tartine de pain de seigle fait très bien l’affaire. Non, pas de mayonnaise sur le pain : la gourmandise étant l’un des sept péché capitaux, il serait dommage d’aller en enfer pour si peu. Enfin, pour ma part, je préfère ne pas prendre de risque. En plus, je suis toujours content d’avoir évité la mayo quand je me balade en maillot et j’aurais presque envie de dire que sur la plage, il n’ y a pas plus sexy qu’un catho mais je n’en sais rien, les autre catholiques ne risquent pas d’aller à la plage avec moi, ils ne m’adressent même pas la parole. Ce doit être parce que je suis trop strict et que je ne sais pas m’amuser ; ça dérange le bouffeur d’hosties moyen qui a plus de bagou que de discipline…

Bref, ce monsieur qui n’est pas mon père mais qui est très intelligent, très profond et très cultivé, pas comme une graine de gourou, et dont l’opinion est si importante à mes yeux, me lance comme ça, au détour d’une phrase, mine de rien, parce qu’il est humble donc il ne jette pas sa connaissance au visage de ses ouailles, tout en ayant envie sans le dire, sa hiérarchie ne le permettrait pas, que celui qui a des oreilles pour entendre entende qu’il a lu quelques bouquins d’Advaïta Vedanta : “Y’a pas de vitre”. Eh bien, vous savez quoi ? Ça m’a démangé de lui répondre “N’empêche, il faut la nettoyer quand même” mais je n’ai rien dit. Il est pas beau, le chemin que j’ai parcouru depuis l’époque où, au mépris de la loi française comme de la loi chrétienne, je recevais des soins énergétiques ? Aujourd’hui, je garde aussi bien le silence qu’un franc-maçon. Ça y est, mon Dieu ! Je suis humble !