1 août 2021

Je suis ton père

Quand j’étais jeune, avant de devenir le très Vénérable Grand Maître que je suis aujourd’hui….

Oui, vous avez une question au premier rang ? Oui, Vénérable, c’est à dire digne d’être vénéré, comme vous faîtes quand vous vous prosternez à mes pieds. Tenez, sortez de la pièce, fermez la porte, frappez avec le code secret, entrez du pied droit et prosternez-vous devant moi pour montrer aux profanes que nous sommes une secte comme les autres. Voilà, c’est bien. Vous voyez les nouveaux ? Non, nous ne sommes pas sur la liste des sectes, c’est moi qui l’ai rédigée, cette liste. Comme ça, personne ne me soupçonne. Vous voyez comme je suis intelligent ? Comment ? Oui, bien sûr, j’ai des disciples au Ministère de l’Intérieur, ça aide.

Bon, j’en étais où ? Ah, oui, donc étant jeune, c’est pas que j’avais l’esprit rebelle mais j’étais déjà tellement intelligent que je comprenais la Bible sans même l’avoir lue, à l’inverse des prêtres qui la lisent mais n’y comprennent rien — où alors, ils font exprès de ne pas la respecter, c’est pire. Du coup j’appelais le curé “monsieur”, au grand désespoir de mes parents qui me tiraient l’oreille et cherchaient à me faire peur en brandissant l’épouvantail de l’enfer mais je leur disais : “Je suis un bon petit catho, bien coiffé dès le réveil et je ne glisse jamais la main dans mon pyjama la nuit mais ne me demandez pas d’appeler le curé “mon père”, ça me donne l’impression que vous essayez de me dire que maman a trompé papa avec lui. Je suis quand même pas le fils du curé ?” et ils me fichaient la paix pendant quelques temps. Il faut dire que ma mère n’a jamais eu à se plaindre de l’état de mon pyjama ou de ma coiffure, parce que je respectais soigneusement la Bible. J’ai même rédigé à cette époque un évangile apocryphe (“Dieu pour les nuls, l’évangile de Jean-Gé”, épuisé mais en cours de ré-impression, quel succès… ) qui m’avait été dicté la nuit, quand j’étais seul à genoux devant lui, c’est dire le sérieux avec lequel je l’adorais, par le Saint-Sacrement qui est Dieu fait beignet de crevette géant et de forme parfaite, tout comme Jésus était Dieu fait homme. Dans cet évangile hypocrite, à l’image du titre donné aux prêtres, les chrétiens médusés apprennent que Jésus multipliait les peignes, changeait l’eau en shampoing et conseillait aux parents d’attacher les mains de leurs mômes au bois du lit la nuit pour leur éviter d’aller en enfer à cause de cochoncetés d’autant plus sales qu’elles sont solitaires. C’est pour ça que les jeunes pauvres risquaient plus d’être damnés, parce qu’ils dormaient sur des paillasses, c’était plus compliqué pour les ligoter et donc les empêcher d’offenser le bon Dieu de leurs mains polissonnes, et comme ils ne pouvaient pas verser le denier du culte pour se faire mieux pardonner, ils étaient mal barrés… les pauvres.

Oui, au fond ? Mais bien sûr que c’est dans la Bible que le denier du culte permet de se faire aimer de Dieu. J’en ai parlé récemment. Apprenez vos leçons, bon sang, sinon ce n’est pas la peine de venir recevoir mes enseignements. C’est ce bon vieux Paulo, pour qui le pognon sentait bon la foi, qui l’a écrit en Philippiens 4:10-18.

Bref, j’étais un bon petit catho…

Décidément, vous m’interrompez sans cesse, aujourd’hui ! Quoi encore ? Oui, c’est vrai que j’étais un bon petit catho. Vous pourrez demander à Cyrille, c’est un agent des Rangs Saignement Gênent Héros qui avait été envoyé pour m’espionner et qui a été tellement époustouflé par la profondeur de mon intelligence qu’il s’est rallié à la cause. Cyrille connaît bien le dossier que ses patrons ont sur moi puisqu’il l’a co-écrit et il vous confirmera que je me confessais chaque semaine. Il y a même le contenu de mes confessions dans mon dossier, c’est dire si ces gens ont de grandes oreilles, comme le grand méchant loup, c’est pour mieux te manipuler, mon enfant, et vous verrez que mon plus gros péché était de refuser d’appeler le curé “mon père” preuve que j’étais déjà aussi saint qu’un pape.

Comment, au fond ? Bien sûr que non, le pape n’appelle pas les prêtres “mon père” puisqu’il est plus gradé qu’eux dans l’armée du Christ. Réfléchissez un peu !

Le pire c’est que même si je n’étais qu’un vulgaire laïc, ne pas appeler le curé “mon père” n’était ni un péché ni un manque de respect, ce sont au contraire ceux qui prétendent les représenter qui ne respectent ni Dieu ni Jésus puisque Jésus a indiqué clairement :Et n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. ( Matthieu 23:9)

Donc, si contrairement aux corbeaux de bonheur tenant en leur bec une hostie, vous voulez respecter Jésus, la prochaine fois que vous croiserez un prêtre, appelez-le “monsieur” et, s’il vous regarde de haut en époussetant du revers de la main son déguisement de Don Camillo dont il est persuadé qu’il prouve qu’il est bien plus proche de Dieu que vous, criez “Matthieu 23:9 !” bien fort pour que tout le monde entende et partez en courant avant de vous faire lyncher par ceux qui savent que Matthieu 23:9 est plus pertinent que 666 puisque 666 est dit être le chiffre de la Bête mais ne révèle pas que les prêtres hypocrites crachent sur Jésus en public, c’est autrement plus grave que les Francs-Maçons haut gradés qui le font en cachette ainsi qu’ils en ont tous les droits puisque leur Dieu, c’est Lucifer. Ces Grands Garçons, ils font bien ce qu’ils veulent, y compris piétiner des crucifix, ça les regarde, contrairement aux corbeaux de bonheur dont seul le ramage, symbolisé par le col, est blanc tandis que le reste de leur habit, à l’image de leur âme, est noir — Jésus le reprochait déjà à leurs ancêtres il y a 2000 ans.

Encore plus drôle mais également plus utile : la prochaine fois que vous croiserez Don Camillo, essayez de l’appeler “papa” pour qu’il ait la certitude que vous n’êtes pas juste un(e) rebelle qui refuse de se plier aux convenances mais que vous savez tout de ses inclinations diaboliques. S’il continue de se faire appeler “mon père”, vous aurez la preuve qu’il n’ignore pas la Bible, non, il l’a bel et bien lue mais il prend un malin plaisir à cracher au visage de Jésus parce que franchement, c’est quand même pas difficile de donner l’exemple en matière d’humilité, grande valeur chrétienne s’il en est, et de se faire appeler “Mon Seigneur”, “Votre Excellence” ou “Votre Sainteté” comme les évêques et le pape.

“Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef” (1 Corinthiens 11:4)
Et je rappelle que le chef, c’est Jésus, pas le pape. (Crédit photo : Franco Origlia)

Sur cette photo — faîtes passer, que tout le monde la voie bien — vous remarquerez que deux cardinaux ne portent pas la calotte pendant la messe. Il y a donc de l’espoir : ceux qui gouvernent l’Église ne sont peut-être pas tous satanistes. De plus, il existe encore de bons prêtres même si je déplore que celui-là trouve encore moyen de faire porter la faute aux Catholiques plutôt qu’à l’Église et suggère, en ne les nommant pas, que les cardinaux sont blancs comme neige, ignorant manifestement, mais cela est je l’espère plus dû à son endoctrinement qu’à son manque d’intégrité, les frasques pédophiles et les malversations financières de McCarrick, le monseigneur qui s’est fait pincer après avoir été couvert par l’Église pendant une cinquantaine d’années.

Je me demande si Jean-Paul II, Benoît XVI et une soixantaine de cardinaux et d’évêques qui ont accepté les chèques de McCarrick auraient fait preuve d’autant de compassion s’il n’avait flatté leur amour chrétien avec 600 000 dollars (environ 500 000 €) volés aux fidèles, le gros problème de cette clémence, qu’elle qu’en soit la motivation, étant la douloureuse question : sachant que chez les pédophiles condamnés, qui sont suivis par un psy et qui ont d’autant plus peur de la prison qu’ils sont surveillés par leur entourage, le taux de récidive est estimé à environ 37%, et dans la mesure ou l’on peut supposer que le taux de récidive est très supérieur pour un pédophile jamais inquiété, ainsi que le suggèrent les nombreux témoignages de personnes abusées pendant des années par un père qui s’en est ensuite pris à leurs frères et sœurs plus jeunes, combien de viols d’enfants auraient-il pu être évités si les membres du clergé qui savaient avaient fait ce qu’il fallait ? Parce qu’il ne faudrait quand même pas oublier que si protéger un pédophile peut sembler légitime sous l’angle du pardon, cela revient dans la plupart des cas à condamner des enfants.